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FONTAINE-LE-PUITS

 

Oscar, squelette vieux de 500 ans, retrouve le repos

par Dauphiné Libéré le 06/03/08

      

Oscar n’aurait certainement pas imaginé un jour “monter à la capitale”. Qui plus est, près de 500 ans après sa mort. C’est pourtant ce qui est arrivé à un enfant de la commune de Fontaine-le-Puits. Mort prématurément, alors qu’il n’avait pas dix ans. Au lieu d’être enterré, comme il aurait dû l’être à l’époque, dans le cimetière de la commune de Salins-les-Thermes, située en contrebas dans la vallée, il avait trouvé le repos non loin d’une maison du village. Retour sur une histoire insolite…

Fin juillet 2006, Claude Caille effectue des travaux dans sa résidence. Plus précisément, sous son hangar, là où il stocke son bois. Alors qu’il démonte un plancher, et qu’il manie la pioche pour niveler le terrain, situé dans une belle pente, il fait cette étrange découverte. Un crâne, puis d’autres os, quelques dizaines de centimètres sous terre.

Voyage à Paris

Le maire est alerté, la brigade de gendarmerie de Moûtiers aussi. Cette dernière se rend sur place, avec un technicien en identification criminelle de Chambéry. Durant près d’une journée, les ossements sont mis à jour précautionneusement. «On s’est alors aperçu que le corps avait été positionné comme dans un cercueil, les mains croisés sur le devant», explique le gendarme Laurent Ducoeur, qui a dirigé l’enquête. Mais sur l’identité de la personne, un grand point d’interrogation demeure. «Cette maison appartenait à ma grande tante, jusqu’à son décès et l’arrivée de la famille Caille», raconte Marin Sollier, le maire de la petite commune de 140 âmes. «Je me suis un peu renseigné, mais personne n’a entendu parler de décès, de disparition, de mort étrange… Et puis, les archives ne remontaient pas aussi loin.»

Dans de telles circonstances, le procureur est averti à Albertville. ll décide de faire procéder à une datation des os, et le squelette est envoyé dans la région parisienne, à Rosny-sous-Bois, où se trouve l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. Dans huit enveloppes kraft, sous scellés, Oscar, comme il a été surnommé par ceux qui l’ont découvert, gagne donc un ticket pour Paris.

Les résultats ne tardent pas à tomber, durant l’automne 2006. D’après la longueur des humérus et fémurs, c’est un enfant, âgé de 7 à 9 ans. Quant au sexe, il reste indéterminé. La période de son décès, par contre, a pu être calculée, grâce à une coloration “au bleu du Nil” (plus la réaction est importante, plus l’ancienneté est grande). Décédé il y a 512 ans, à plus ou moins 146 ans près. Soit entre les années 1348 et 1640, ce qui laisse une certaine marge de manoeuvre !

Derrière l’église

L’affaire est donc classée… Mais se pose désormais une question : que va devenir Oscar ? La gendarmerie de Moûtiers propose une inhumation dans les règles. Le maire suit… Et hier matin, un petit comité (deux gendarmes, le maire et son premier adjoint, la famille Caille, elle, n’était pas sur la commune) a placé les os d’Oscar dans un caveau derrière l’église de Fontaine-le-Puits.

Sur la plaque, rien ne figure encore, mais on réfléchit déjà à une inscription, sur la sépulture du plus ancien squelette du cimetière. Avec un seul regret, qu’Oscar, aujourd’hui bien connu dans la commune, n’ait rien révélé de sa courte existence sur terre.

 

 

Quelques recherches sur internet et quelques hypothèses:

Par Claude Caille

 

OSCAR 1

Découvert en juillet 2006, ossements prélevés par la gendarmerie de Moutiers en présence de la brigade d’identification criminelle, examen et datation rapide par le laboratoire parisien de la gendarmerie.

Méthode de datation dite « du Nil bleu »: la méthode est rapide mais assortie d’une grande incertitude, donne comme résultat:  âge 512 ans + ou – 146 ans.

Les ossements d’Oscar rejoignent la gendarmerie de Moutiers en attendant leur inhumation au cimetière de Fontaine qui a lieu le 22 août 2007.

 

OSCAR 2 et 3

Reprise des travaux au mois de mars 2008: découverte de 2 autres squelettes voisins de l’emplacement d’Oscar 1. Il s’agit d’une femme et de son enfant dont la tête repose sur le bassin de sa mère (hanche droite). Il s’agit du même phénomène qu’Oscar 1: même couche géologique (même plan horizontal, même profondeur d‘enfouissement), même présence de chaux autour des squelettes, etc…

En accord avec les autorités (gendarmerie, procureur, mairie), les ossements sont prélevés et réunis pour être déposés avec ceux d’Oscar 1 au cimetière de Fontaine.

 

Dans la période datée , il y eut deux épidémies de peste en Savoie, provenant toutes deux de Venise, l’une via la Maurienne, l’autre via la Tarentaise,  espacées de deux siècles environ.

 Il existe à La Thuile, en Val d’Aoste, une chapelle élevée à Saint Roch, en 1638 ou 1648, en remerciement de la population pour les avoir protégés de la peste.

 

Par ailleurs, il faut savoir qu’à ces époques, seuls les hérétiques étaient brûlés. On ne procédait donc pas à l’incinération systématique des corps. Par contre, depuis le 16è siècle, on chaulait les corps afin de lutter contre la propagation des épidémies et on enterrait les corps nus en prenant soin de brûler les vêtements.

 

Or, pour l’ensemble de « la famille Oscar », aucun reste de vêtement n’a été découvert, la terre aux environs immédiats recèle de la chaux, aucune racine n’est venue perturber les squelettes et, enfin, la maison auprès de laquelle les découvertes ont été faites, semble dater d’une période plus proche de la notre (19è siècle environ).

 

En conclusion, la famille Oscar serait victime d’une épidémie (type peste) remontant au 16è siècle.

Ceci reste à confirmer bien entendu.

 

Si parmi les lecteurs certains se sentent une âme de Sherlock Holmes, nous serions heureux de comparer les hypothèses et en tous les cas de résoudre ce mystère.

 

 

Pour mémoire:

 

 

La chaux:

 

La chaux aérienne sert pour ses propriétés, depuis l’antiquité pour réaliser des mortiers pour la construction, des enduits et des badigeonssur les murs. Elle est aussi utilisée pour protéger les arbres fruitiers, ou lutter contre la putréfaction des cadavres en cas d’épidémie.

 

 

Utilisation dans les travaux publics

La chaux aérienne est également utilisée dans la réalisation des routes ou des chemins, le plus souvent sous forme de chaux vive. Comme dans l’industrie, on utilise sa propriété de « floculation », il s’agit ici de transformer l’argile (consistance plastique, souple, instable) en matière grumeleuse plus résistante à la compression des sols. Cette propriété est également utilisée dans le monde agricole.

 

 

Les épidémies:

 

Les populations du Moyen Âge étaient totalement démunies face à la peste, comme face aux autres maladies graves d’ailleurs. Le traitement s’est longtemps limité à :

·         prier les saints, notamment saint Roch[8] et saint Sébastien (voir Saints antipesteux) ;

·         organiser des processions de flagellants, brûler les hérétiques, les juifs et les lépreux accusés de propager la maladie (voir Peste noire : Conséquences);

·         la thériaque, composée de multiples plantes, a été utilisée, sa teneur en opium devait diminuer légèrement la diarrhée et les douleurs ;

·         les bézoards, les sécrétions animales (sang de vipère et bave de crapaud), étaient largement utilisés avec le succès que l’on devine;

·         la purge et la saignée, en aggravant l’état de choc et la diarrhée, permettaient peut-être d’abréger les souffrances des patients ;

·         le traitement dit «électuaire des trois adverbes »[9]: « cito, longe, tarde », (pars) vite, (va) loin, (reviens) tard (traitement pas toujours facile à mettre en œuvre, et susceptible de propager encore plus la maladie) ;

À partir du XVIe siècle, les mesures d’isolement apparaissent, avec désinfection et fumigation des maisons,isolement des malades, désinfection du courrier et des monnaies, création d’hôpitaux hors les murs, incinération des morts. La mise en quarantaine systématique des navires suspects s’avère efficace pour éviter de nouvelles épidémies, chaque relâchement de l’attention rappelant sans tarder les conséquences possibles (voir Peste de Marseille (1720)).

Le masque au bec de canard (voir photo) a été imaginé parDe Lorme, médecin deLouis XIII; on y plaçait des plantes aromatiques aux propriétés désinfectantes, notamment de la girofle et du romarin. On citera également le vinaigre des quatre voleurs (vinaigre blanc, absinthe, genièvre, marjolaine, sauge, clou de girofle, romarin et camphre) imprégnant une éponge que l’on portait devant la bouche, et qui était censé protéger de la contagion.

La tradition signale que trois professions sont épargnées : les chevriers et palefreniers (car l’odeur des chèvres et des chevaux repousserait les puces du rat) et les porteurs d’huile car l’huile qui les oint repousserait elle aussi les puces.